mer. Déc 2nd, 2020

Covid-19: un mal pour un bien pour le football sénégalais ??

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Aussi redoutables que la maladie elle-même, les effets potentiels du coronavirus sur l’économie mondiale pourraient concerner un grand nombre de secteurs dont celui du sport.
Dans les grands championnat Européen de football on parle de plus en plus de refus de paiement des droits télés, baisse des revenus commerciaux, baisse des salaires, etc.………
Dans notre pays le mot d’ordre chez nos dirigeants est « l’urgence est au règlement de la crise sanitaire » et au démarches pour pouvoir bénéficier des fonds du force Covid 19.
Mais moi plusieurs questions me taraudent l’esprit :

  • La crise remet-elle en question le modèle économique de nos clubs ?
  • Le football sénégalais est il résilient ?
  • Quelles solutions de sortie de crise et quelles solutions pour l’avenir ?
    La crise remet-elle en question le modèle économique de nos clubs ?
    Aujourd’hui différents modèles économiques sont utilisés par nos clubs avec leurs inconvénients et avantages.
    Le Mécénat ou les contributions financières des présidents et dirigeants
    C’est le modèle que partage la grande majorité des clubs sénégalais. Ici c’est le président ou les dirigeants qui financent le club à 80%, il présente beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. En effet ces présidents ne disposent pas de moyens illimités, ce qui fait qu’au bout de 2 voire 3 ans sans performances sportives probantes ils démissionnent laissant leurs clubs dans des difficultés énormes. Généralement ces clubs traversent des crises cycliques qui vont jusqu’à remettre en cause la viabilité du club. L’absence de projet sportif et le non respect des règles de bonne gouvernance sont d’autres inconvénients de ce modèle
    La Formation et le Trading
    Ici le club est financé essentiellement par les revenus de la vente des joueurs qu’il a lui même formé ou le Trading de joueurs à fort potentiel qu’il a acquit suites à des échanges ou des partenariats. Contrairement au premier modèle cité il a beaucoup plus d’avantages au plan économiques car il assure une santé financière au club grâce aux entrées d’argent provenant d’indemnités de formation et de mécanisme de solidarité. L’un des inconvénients principaux de ce modèle est représenté par ses difficultés à permettre la pérennité d’une bonne performance sportive.

Le Marketing, Sponsoring et Ticketing
Une identité très forte et une bonne assise populaire sont les clés du succès pour ce modèle. Parce qu’elles garantissent des revenus conséquents pour le club en termes vente de tickets pour les matchs, merchandising et signature contrat sponsoring. Le seul bémol est qu’il faut des ressources humaines qualifiées et spécialistes en leurs domaines pour pouvoir mettre en place les stratégies nécessaires.
Donc il est fort probable que le coronavirus ne remettrai pas en cause le modèle économique de nos clubs mais il met en lumière la faiblesse de certains et souligne la précarité financière de nos clubs. Espérons que la crise ne dure pas trop longtemps.
Le football sénégalais est il résilient ?
Force est de reconnaitre que notre football est toujours resté debout malgré plusieurs crises (réforme Lamine Diack, la sécheresse, la dévaluation et plus récemment le drame du match Ouakam-Mbour). Cela est du à la relation passionnelle qui existe entre le football et notre pays, mais aussi il faut le dire à la qualité de nos dirigeants qui ont su trouver tout le temps les bonnes solutions. A l’instar de notre football, nos clubs aussi ont eu à affronter plusieurs crises et à les absorber. Cette année on a vu plusieurs clubs fêter leur cinquante ans avec leurs lots de crises institutionnelles, sportives ou financières mais ces clubs sont toujours là et bien portants.
Donc on peut dire que l’arrêt des matchs, principale conséquence de la pandémie, ne remet pas en cause la survie de notre football et de nos clubs. Pour autant tout ne devrait pas dépendre de la seule capacité financière des présidents, dirigeants et mécènes. Actuellement les principaux perdants de cette crise sont les joueurs et les autres employés des clubs car étant privés de leur gagne pain pour cause de chômage technique et de leur passion du au manque de pratique. A une moindre mesure on peut aussi citer tous les agents économiques qui tournaient autour des événements sportifs.
Quelles solutions de sortie de crise et quelles solutions pour l’avenir ?
Aujourd’hui la persistance de la crise doit nous faire réfléchir pour trouver des solutions à court, moyen ou long terme.
A court terme l’arrêt des championnats me semble une bonne solution parceque d’une part il nous permet de rester en phase avec le gouvernement concernant le respect des mesures barrières et d’autre part de soulager financièrement les présidents et dirigeant de club.
A moyen ou long terme pour nos clubs le Mix des modèles existant peut être une solution, le but étant de ne pas dépendre d’un modèle. On peut prendre l’exemple d’un club comme le Casa Sport qui réussit très bien ce savant dosage pour rester un club constant dans l’élite, une bonne politique d’investissement dans les infrastructures pourrait lui permettre d’avoir une ambition continentale.
Mais pour moi aujourd’hui l’urgence est d’aller vers une concertation nationale entre gouvernants, sportifs, juristes, économistes, sociologues, médicaux et financiers pour mettre en place une véritable économie du sport (Modèle juridique et comptable pour nos entreprises, convention collective des métiers du sport, etc.…..). L’exclusion du sport du programme de résilience montre que pour nos dirigeants ce secteur n’est pas une priorité, mais aussi met en évidence que les clubs sportifs ne sont pas considéré ni comme de réels agents d’intégration sociale ni comme de véritables entités économiques (absence enregistrement Apix, pas de cotisations à l’Ipress ni à la sécu, pas de déclarations d’impôts). Cependant beaucoup d’entre eux déploient d’énormes efforts financiers (Paiements salaires, achat biens immobiliers pour les clubs, paiement diverses charges et délégation de la pratique sportive par le gouvernement sans contrepartie significative).

Rawane Mbaye, Secrétaire Administratif et Comptable de la Linguère de Saint-Louis

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